SAWT BEIRUT INTERNATIONAL

| 17 January 2022, Monday |

Les « occasions gâchées et finales » sont devenues nombreuses

Le nouveau visage apporté par le Haut représentant pour la politique étrangère de l’Union européenne, Josep Borrell au Liban, différait en trois traits et s’accordait en trois avec les visages du président français Emmanuel Macron et de son ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, qui ont blâmé et accusé les responsables libanais, ainsi qu’avec les visages des responsables américains avec tous leurs titres. La nouveauté est d’abord apparue à travers la différence dans le manque d’enthousiasme ou d’urgence de l’Union européenne à imposer des sanctions dont on a beaucoup parlé ces derniers temps aux responsables libanais, mais sans aller jusqu’à exclure cette arme, après que les partis locaux aient parié sur une différence de la position européenne par rapport aux deux positions françaises. La position américaine est le résultat de différenciations au sein de l’Union européenne, ce qui est apparu clairement dans les propos de l’envoyé européen : « Nous espérons que nous n’aurons pas à imposer de sanctions », ajoutant que si elles sont mises en œuvre, « ce sera pour motiver la classe politique à trouver des solutions. »

Elle s’est également manifestée dans sa venue, non seulement pour convenir au peuple, le considérant comme « un ami en visite », mais pour lui offrir une aide « pour mieux comprendre la nature des difficultés et la nature des problèmes afin d’y trouver une solution. »

Troisièmement, la nouveauté européenne est apparue en n’établissant aucune considération pour la révolution et ses propositions, contrairement à la position de l’État français, dont le ministre des affaires étrangères, lors de la dernière visite de travail française, n’a tenu qu’une rapide réunion « d’obstacle diplomatique » avec la première présidence, à l’exclusion des autres, alors qu’il a rencontré certaines composantes de la révolution du 17 octobre, une démarche qui s’est montrée plus tard inutile pour produire des solutions pratiques à la complexe crise libanaise, ce qui a poussé la diplomatie française à se retirer, cédant la place à un soutien à l’armée et aux forces de sécurité par crainte d’un désengagement dû aux prix outrageusement élevés et aux bas salaires des militaires.

Quant aux caractéristiques de l’accord, il s’est d’abord manifesté avec les positions française et américaine en tenant les responsables libanais pour responsables de la crise, qu’il a considérée comme une  » affaire nationale  » et  » à cause d’une mauvaise gestion  » et qu' » il n’est pas juste de dire que le nombre de réfugiés en est la cause  » (en réponse aux propos du Président de la République), et deuxièmement en adhérant à la politique du  » nous ne fournirons pas d’aide sans la formation d’un gouvernement et des réformes, « et troisièmement, l’application de toute mesure de sortie de crise, quelle que soit son importance, a été placée à un niveau ultérieur à celui de la formation du gouvernement, comme le fait de considérer que l’audit pénal et autres nécessitent d’abord un gouvernement (dans une autre réponse aux propos du Président Michel Aoun, qui a considéré L’audit comme « la première étape requise dans les initiatives des pays et des organismes internationaux pour le sauvetage »).

Et dans un double coup porté à l’initiative française dans sa version brute (avant que le président français Emmanuel Macron n’y rétracte la clause des élections législatives anticipées face à l’insistance du Hezbollah) et à toute pensée qui pourrait venir aux rêves de report de la classe dirigeante, Borrell a annoncé la position stricte de l’Union européenne selon laquelle « les élections législatives de 2022 doivent se tenir à temps, sans aucun retard, et nous sommes prêts à envoyer un comité pour en contrôler la transparence. »

Quant à Aoun, si ses propos après la rencontre ont révélé quelque chose, c’est qu’il n’a pas saisi le message de la dernière chance que lui offrait la main tendue de l’Union européenne, ou qu’il l’a saisie, mais qu’il est devenu prisonnier des deux axes du mal : « la résistance » et le « gendre », ce qui a neutralisé les Français, les Russes, les Américains, les Egyptiens et tous les pays qui sont intervenus pour aider à la solution. Il s’est transformé d’un président qui voulait casser la tête de Hafez al-Assad et qui l’a nommé en 1989, en fuyant le palais républicain, vers l’ambassade de France, et en abandonnant ses soldats à leur sort noir et aux massacres de masse, en un « président fort »(?!!) »

Il est encore aujourd’hui un addict de la fuite, mais en avant, il a parlé des droits des chrétiens jusqu’à ce qu’il a fait le peuple chrétien avant les musulmans en faillite à la course à l’émigration, et celui qui n’a pas eu la possibilité d’émigrer est devenu une bombe à retardement menaçant une explosion sociale, Il a donc continué à percuter l’audience de l’envoyé européen en lançant son vocabulaire, déformé même par les Libanais, dépourvu de tout contenu et irréaliste, sur une « approche participative et pactée de la formation de l’autorité exécutive » de la part d’un homme qui étend son autorité et ses alliés sur les autorités de tout le pays.

Face aux doutes sur la nouvelle concernant le souci du Président Aoun de lancer une nouvelle initiative gouvernementale, les entourages attendent la conférence de presse « Al-Bayada » du « Chef de l’ombre » (nous y reviendrons dans un autre article) mais nous ne placerons pas de grands espoirs.

Et si nous attendons comme d’autres, c’est pour informer les gens et les analyser seulement, et ne pas placer de grands espoirs dans une époque qui a commencé par la trahison, et qui s’est médiatisée par le fait de vivre le statut du vaincu 13 ans pour devenir l’esclave de celui qui l’a vaincu, qui l’a ramené sous la forme du « tsunami » victorieux après qu’il ait « levé les dix » dans son exil parisien aux Syriens et aux Iraniens et au gouvernement militaro-sécuritaire du Liban. Celui qui a rendu à Aoun l’argent résultant de son service militaire tout au long de son exil et préparé le terrain propice au retour du vaincu sous la forme de héros victorieux, et de conclure son règne par un accord à Mar Mikhael avec une milice qui a violé la souveraineté, les lois et la dignité, et il continue avec lui d’hypothéquer le pays et les gens à des pays étrangers.