SAWT BEIRUT INTERNATIONAL

| 8 December 2021, Wednesday |

Quarante ans entre le crime et le verdict, combien de temps devrons-nous attendre la justice ?

La nouvelle d’un verdict dans l’affaire de l’ambassade d’Irak à Beyrouth, bombardée et détruite il y a quarante ans, n’a pas fait les gros titres et n’a même pas figuré à la une des journaux et des sites d’information.

Aujourd’hui, Beyrouth est si tendue et préoccupée – malheureusement – par l’approvisionnement en pain, en médicaments et en essence qu’elle n’a pas prêté attention à un incident qui avait déclenché des opérations terroristes contre la capitale libanaise, ses résidents, ses diplomates et chaque être vivant.

Cet incident s’est produit le mardi 15 décembre 1981, lorsqu’une voiture piégée a traversé le mur de protection de l’ambassade d’Irak dans le quartier de Ramlet al-Baida à Beyrouth. Le bâtiment de six étages a été totalement détruit, et 61 personnes ont été tuées.
Parmi les victimes se trouvaient l’ambassadeur d’Irak à Beyrouth et Balqis, l’épouse du poète Nizar Qabbani, qui était un citoyen irakien travaillant à l’ambassade.

Quarante ans et trois mois après le crime terroriste, un verdict par contumace a été rendu à Beyrouth contre les accusés en fuite, identifiés comme étant Hussein Saleh Harb et Sami Mahmoud Al-Hajji. Harb et Al-Hajji ont été condamnés aux travaux forcés à perpétuité.

Ce qui est ironique, c’est que les deux hommes contre lesquels un verdict a été rendu avaient déjà été arrêtés en 1983, deux ans après l’attentat à la bombe contre l’ambassade d’Irak, pour avoir préparé l’attentat à la bombe contre l’ambassade des États-Unis à Beyrouth en avril 1983. Ils ont admis avoir bombardé l’ambassade d’Irak, mais le tribunal militaire les a relâchés et ils sont donc devenus des criminels en fuite depuis cette date !

En 1991, ils sont inclus dans la loi d’amnistie mais la Cour de cassation annule la décision au motif que la loi d’amnistie exclut les crimes liés à l’assassinat de diplomates. En 2021, un verdict les condamne aux travaux forcés à perpétuité mais il est rendu par défaut car ils sont en fuite !

S’il a déjà fallu quarante ans entre le crime et le verdict, combien de temps faudra-t-il entre le verdict et son exécution ? Combien de temps faudra-t-il attendre pour que justice soit rendue après que le verdict ait été rendu ?

Les familles des 61 victimes qui ont été tuées lors du bombardement et de la destruction de l’ambassade d’Irak transmettent leur attente de la justice à leurs enfants et petits-enfants. C’est à cela que ressemble l’exigence de justice au Liban – elle est héritée d’une génération à l’autre.

Non loin du contexte de l’attentat terroriste, le poète Nizar Qabbani, dont l’épouse Balqis a été tuée dans l’ambassade, avait écrit l’un de ses plus beaux poèmes dans lequel il déplorait sa mort et qu’il a ensuite publié dans un livre intitulé « Balqis ». Nous allons citer quelques vers de ce poème :

« Balqis :

Oh ma lune qu’ils ont enterré sous les décombres..

Maintenant le rideau est levé..

Je dirai dans l’enquête…

que je connais les noms… les choses… les détenus…

Les martyrs… les pauvres… et les vulnérables…

Je dirai que je connais celui qui a tué ma femme…

et les visages de tous les informateurs…

Je dirai : Notre chasteté est une fornication…

et notre piété est une saleté…

Je dirai : Notre combat est un mensonge…

et qu’il n’y a pas de différence…

entre la politique et la prostitution ! !

Je dirai, lors de l’enquête :

que je connais les assassins…

Et je dirai :

Notre ère arabe est spécialisée dans le massacre du jasmin…

et d’assassiner tous les prophètes..

et de tuer tous les missionnaires… »

Nizar Qabbani est mort après avoir attendu trop longtemps – tout comme les familles des autres victimes – que la vérité soit découverte, que le verdict soit rendu et que justice soit faite.