SAWT BEIRUT INTERNATIONAL

| 30 November 2022, Wednesday |

Face au silence européen, la France réfléchit à se retirer de l’OTAN

La récente crise entre la France, d’une part, et les États-Unis, l’Australie et la Grande-Bretagne, d’autre part, reflète un état de « méfiance » dans les relations selon une nouvelle perspective internationale.

Le New York Times a qualifié la réaction du président français Emmanuel Macron à l’annonce du partenariat entre les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie de « gros pari », au moment où la France a exhorté ses partenaires de l’Union européenne à envisager la possibilité de reporter les négociations sur un futur accord commercial entre l’Union européenne et l’Australie en raison de ce que Paris a décrit comme la méfiance suscitée par l’accord de partenariat.

Cette crise a éclaté après que les trois pays ont annoncé la semaine dernière le lancement d’un partenariat stratégique pour faire face à la Chine, qui comprend la fourniture à Canberra de sous-marins à propulsion nucléaire, ce qui a suscité une violente réaction de Paris. La France considère cet accord, qui intervient à l’approche des élections françaises prévues en avril, comme une trahison à son égard.

Le journal américain affirme que la France a utilisé un langage éloigné de la diplomatie, à plus forte raison de la diplomatie entre alliés. Les déclarations françaises comprenaient des mots tels que « mensonges », « duplicité », « brutalité » et « mépris ». La France a également rappelé son ambassadeur aux États-Unis pour la première fois en raison de la crise des sous-marins nucléaires.

Le journal américain a souligné que M. Macron a choisi l’escalade en réponse aux démarches secrètes entre les États-Unis et le Royaume-Uni pour vendre des sous-marins à propulsion nucléaire à l’Australie, qui a annulé à son tour le contrat de sous-marins réguliers qu’elle cherchait à importer de France, d’autant plus que cette démarche est intervenue six mois seulement avant les élections présidentielles.

sans confiance

L’une des idées qui circulent dans les couloirs de l’Élysée est le retrait de la France de la structure du commandement militaire intégré de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord « OTAN », qu’elle a réintégré en 2009 après 43 ans d’absence.

Malgré les déclarations de Macron en 2019 selon lesquelles l’OTAN était « cliniquement morte », l’idée d’un retrait de la France de l’OTAN serait un mouvement « radical », indique le journal.

La France s’est retirée de la structure de commandement militaire de l’OTAN en 1966 et sa présence s’est limitée à l’adhésion à l’alliance.

Le secrétaire d’État français aux affaires européennes, Clément Beaune, a déclaré aujourd’hui, mardi, qu’il évoquera l’accord commercial et les implications sécuritaires de l’accord, connu sous le nom d’ « AUKUS », lors de sa rencontre avec ses homologues à Bruxelles, notant que la France insistera pour en discuter lors des sommets de l’UE et des réunions ministérielles le mois prochain.

M. Beaune a déclaré aux journalistes « C’est une question de confiance, lorsque vous faites une promesse, elle a de la valeur entre alliés, entre démocraties et entre partenaires. Dans ce cas, la promesse n’a pas été respectée. Il s’agit, bien sûr, d’une trahison de la confiance ».

« Nous devons être fermes, non pas en tant que Français, mais en tant qu’Européens, car il s’agit de la manière dont nous coopérons ensemble en tant qu’alliés », a-t-il ajouté.

À la question de savoir si la France allait demander l’arrêt des négociations commerciales avec l’Australie, qui sont en cours depuis 2018, M. Beaune a répondu : « C’est l’un des points dont nous devons discuter ensemble. »

Par ailleurs, le journal américain affirme que la France est offensée. Ils n’oublieront pas facilement ce qu’ils considèrent comme une gifle américaine, qualifiée d’ « insupportable » par son ministre des Affaires étrangères. »

Le ministre Jean-Yves Le Drian est à New York cette semaine pour l’Assemblée générale des Nations unies, mais pour l’instant aucune rencontre avec son homologue américain, Antony Blinken, n’a été prévue.

M. Macron ne participera pas non plus à cette réunion, contrairement au Premier ministre britannique Boris Johnson, qui rencontrera le président américain Joe Biden.

Malgré les déclarations de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, à CNN, selon lesquelles « l’un de nos États membres a été traité de manière inacceptable », le dilemme de la France est le silence retentissant de ses alliés européens, selon le journal américain.

Dans la dernière réaction européenne, le ministre d’État allemand aux affaires européennes, Michael Roth, a vu dans la crise des sous-marins entre la France, les États-Unis et l’Australie une « alerte pour tous dans l’Union européenne ».

« Nous devons nous poser la question de savoir comment nous pouvons renforcer notre souveraineté, comment nous pouvons faire preuve de plus d’unité sur les questions de politique étrangère et de sécurité », a déclaré M. Roth à son arrivée pour une réunion des ministres européens des Affaires étrangères mardi.

Pour sa part, le professeur de sciences politiques Dominique Moisy a déclaré, en faisant référence à la poursuite par le président français d’une Europe beaucoup plus forte et indépendante, que « l’affaire des sous-marins a renforcé la validité de l’appel de Macron. » Il a souligné que cela renforçait l’unité de Macron, ajoutant : « Nous avons raison, mais nous sommes seuls. »

Et il a poursuivi : « Les historiens verront peut-être cela comme un tournant majeur. Peut-être que la fin de l’OTAN est imminente, ou du moins la marginalisation de l’OTAN. »