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| 8 December 2021, Wednesday |

Iran.. Les Gardiens de la Révolution pèsent lourd dans les élections présidentielles

Le président iranien semble faire appel aux dirigeants militaires, comme en témoigne le nombre croissant de personnalités ayant une formation militaire qui ont annoncé leur candidature ou sont susceptibles de concourir à l’élection présidentielle iranienne, signalant la « militarisation » de l’espace politique en République islamique.

Bien que la candidature de personnalités dans le domaine militaire ne soit pas nouvelle en Iran, le nombre de militaires qui devraient se présenter aux élections du 18 juin, dont la grande majorité sont des Gardiens de la révolution, est plus élevé que les sessions précédentes.

Le journaliste Ahmed Zeidabadi a déclaré à l’AFP que la participation de « candidats ayant une formation militaire n’est pas nouvelle ».

Des officiers bien connus ont déjà participé aux élections présidentielles, comme l’amiral Ali Shamkhani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, le général mohsen Rezaei, secrétaire du Conseil d’opportunisme et ancien commandant des Gardiens de la révolution, et le président du Conseil de la Choura Mohamed Baqir Qalibaf, mais aucun d’entre eux n’a remporté le poste de président.

Habib Treschkund, journaliste à l’agence conservatrice Fars, a déclaré qu' »aucun de ces candidats » n’était entré en lice à un moment où il était encore « membre d’une force militaire ».

Mardi prochain, pour une période de cinq jours, la période d’inscription pour les élections présidentielles commence, et devrait voir « la plus longue liste (de candidats) avec un chemin militaire », selon l’agence de presse officielle « IRNA »

Contrairement aux sessions précédentes où les militaires étaient complètement hors du corps avant de se présenter, certains cette année ont l’intention de concourir en dépit de leur association continue avec la structure militaire.

Parmi eux se trouve le général saeed Mohammed, qui dirigeait jusqu’au début du mois de mars le quartier général de l’Anneau des Prophètes, un bras économique des Gardiens de la révolution sur la construction et la reconstruction.

Bien qu’il ait annoncé sa démission, Mohammed reste officiellement conseiller du commandant de la garde.

Un autre nom entre dans une catégorie similaire : l’ancien ministre du Pétrole, le général Rustam Kassimi, qui est assistant des affaires économiques du commandant de la Force Qds lié aux Gardiens de la Révolution.

« Conséquences négatives »

Les candidats militaires ne se limitent pas à ces noms : le général de brigade Hussein Dehghan, ministre de la Défense pendant le premier mandat du président Hassan Rouhani (2013-2017) et conseiller du Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, a été l’un des premiers à annoncer une course fin 2020.

Ezzatullah Dargami, un ancien officier des gardiens de la révolution qui supervisait également la radio et la télévision d’État, l’a suivi jusqu’au général Mohsen Rezaei.

Bien que Shamkhani, Klybav et l’ancien président du Conseil de la Choura Ali Larijani n’aient pas encore annoncé leur intention, certains font circuler leur nom parmi d’éventuelles candidatures.

Ceux qui souhaitent présenter une demande devront soumettre leurs dossiers au ministère de l’Intérieur, dans un geste suivi de l’examen des noms par le Conseil des gardiens et de l’approbation des personnes qualifiées.

La participation de personnalités militaires a suscité une controverse politique en Iran.

Le journal modéré Jumhuri Islami a déclaré que l’élection d’un « militaire à la tête du gouvernement » pourrait avoir des « conséquences négatives ».

L’ancien député réformiste Ali Mutahari, qui a peu de chances d’être approuvé par le Conseil des gardiens, l’a comparé à des régimes militaires « précédents »… En Turquie et au Pakistan, a-t-il dit, ces deux pays ont lutté, avec beaucoup de difficulté, pour se libérer de l’hégémonie militaire.

Mais dans ce qui semblait être une réponse à ces préoccupations, Dehghan a critiqué certains pour « croire que l’armée (si quelqu’un gagne la présidence) imposera la loi martiale et de restreindre les libertés », soulignant qu’«en Iran, il n’y a aucune possibilité de militarisation de l’État. »

« Désir personnel »

Le fondateur de la république, l’ayatollah Ruhollah Khomeiny, a exhorté l’armée à « ne pas s’immiscer dans la politique ».

L’ère du Guide suprême Ali Khamenei a vu le rôle des Gardiens de la Révolution croître et s’étendre pour inclure les sphères politique et économique, ce qui a conduit les analystes à croire que cette institution a maintenant une structure parallèle à un État au sein de l’État.

Mais abbas Ali Kadakhda’i, porte-parole du Conseil des gardiens, souligne que la candidature de personnalités militaires et l' »ingérence » de l’armée dans la politique sont distinctes.

« La loi n’empêche pas la participation militaire aux élections », a déclaré Kadakhdadi à l’AFP la semaine dernière, ajoutant que l’intervention pourrait prendre la forme de déclarer « une force militaire nommant un candidat ou agissant d’une manière qui change le résultat des élections ».

Les discussions sur le rôle de l’armée dans la politique se sont multipliées ces derniers temps, à la suite de la fuite d’un enregistrement audio du ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif fin avril, dans lequel il parle de la priorité du terrain sur la diplomatie en République islamique.

L’enregistrement a suscité une vive controverse et des critiques à l’égard du ministre des Affaires étrangères, en particulier de la part des conservateurs.

M. Zarif a regretté que ses propos aient soulevé la « préoccupation » de Khamenei après que ce dernier a déclaré que certaines des remarques du ministre étaient une « grosse erreur ».

Peu après la diffusion de l’enregistrement, Rezaei a annoncé son intention de se présenter, critiquant implicitement Zarif.

À la lumière de l’introduction et de la réponse, le commandant de la Garde révolutionnaire, le major-général Hussein Salami, a confirmé que la candidature de l’armée était une décision pour eux, non motivée par l’institution à laquelle ils étaient associés.

« Tout garde ou militaire se soumettra à des élections (exprimant) un désir personnel », a-t-il déclaré dans une interview à la télévision d’Etat le 6 mai.

Selon le journaliste Zeidabadi, les détracteurs de la candidature de l’armée « craignent qu’une présidence militaire ne conduise à une concentration sans précédent du pouvoir ».

S’adressant à l’AFP, Treschkund a minimisé ces inquiétudes, les plaçant dans le contexte de critiques « motivées par des considérations électorales ».

    la source :
  • AFP