SAWT BEIRUT INTERNATIONAL

| 28 November 2022, Monday |

La guerre aura-t-elle lieu ?

Malgré le mouvement diplomatique visant à désamorcer la crise entre la Russie et l’Ukraine, l’escalade militaire mutuelle se poursuit entre Moscou et Kiev.

Jeudi, l’Ukraine a annoncé le début d’exercices militaires, en réponse aux exercices de la Russie sur le territoire du Bélarus voisin, que l’Occident considère comme une escalade militaire russe dans la région.

Le ministre ukrainien de la défense, Oleksiy Reznikov, a déclaré dans un communiqué : « Le renforcement des forces à la frontière est un moyen de pression psychologique de la part de nos voisins. Aujourd’hui, nous avons suffisamment de forces pour assurer la défense de notre pays. »

Et Oleksiy Reznikov a ajouté, cette semaine, que les manœuvres ukrainiennes, précédemment annoncées, se poursuivront également du 10 au 20 février.

Il a souligné que « les forces armées s’entraîneront à utiliser les drones Bayraktar et les missiles antichars Gavelin et NLAW fournis par des partenaires étrangers. »

L’Ukraine n’a pas précisé combien de troupes ou d’équipements étaient impliqués dans ses exercices.

Manœuvres russes

La Russie lancera jeudi la phase pratique de ses exercices à grande échelle au Bélarus, dans une démonstration de force qui montre à quel point le resserrement de l’emprise de la Russie sur Minsk lui a donné de grandes capacités dans sa confrontation avec l’Occident au sujet de l’Ukraine.

Les manœuvres conjointes russes, décrites par l’OTAN comme le plus grand renforcement militaire en Biélorussie depuis la guerre froide, se poursuivent jusqu’au 20 février et sont considérées comme faisant partie d’un renforcement militaire russe près de l’Ukraine qui a fait craindre une éventuelle invasion.

Condamnation occidentale et ukrainienne

Jeudi, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a condamné les exercices militaires conjoints entre la Russie et le Bélarus près des frontières de son pays, y voyant un moyen de « pression psychologique ».

La Maison Blanche a déclaré, mercredi, que les manœuvres russes au Bélarus représentaient une « escalade ».

À son tour, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a estimé que « les exercices militaires conjoints qui ont débuté jeudi entre la Russie et le Bélarus sont le signe d’une « violence extrême » près des frontières de l’Ukraine, au moment où les puissances occidentales déploient d’intenses efforts diplomatiques pour réduire cette escalade. »

« C’est très énorme, a déclaré Le Drian sur la radio publique française, France Inter. Il y a de très grands exercices simultanés, notamment aux frontières de l’Ukraine », a-t-il dit, ajoutant : « Tout cela nous amène à penser que c’est une démarche très violente, ce qui est quelque chose qui nous inquiète. »

La première ministre estonienne Kaja Kallas a appelé l’Occident à s’unir et à persévérer compte tenu des efforts diplomatiques importants déployés pour empêcher une guerre en Europe de l’Est.

« Notre union en Europe est d’une grande importance en ce moment. Nous devons être stratégiquement patients », a-t-elle déclaré, avant sa visite en Allemagne.

« Notre diplomatie aura une chance si elle est renforcée par une dissuasion crédible et une posture de force », a déclaré Kallas.

Kallas arrivera à Berlin aujourd’hui, avec le premier ministre letton Arturs Krišjānis Kariņš et le président lituanien Gitanas Nausėda. Leurs discussions avec le chancelier allemand Olaf Scholz devraient porter sur la crise ukrainienne et la situation sécuritaire en Europe de l’Est.

« Nous devons tenir compte du fait que l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et l’Union européenne n’ont pas provoqué cette crise », a ajouté Kallas. Elle a expliqué que l’OTAN n’a pas l’intention d’attaquer quelque entité que ce soit, notant qu’il s’agit d’une alliance défensive, ajoutant : « Par conséquent, c’est la Russie qui doit arrêter l’escalade. »

La Russie minimise les menaces

En réponse aux menaces, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a souligné, jeudi, que « les avertissements et les menaces de l’Occident à l’égard de la Russie concernant la crise ukrainienne ne mènent à aucun résultat. »

Au début d’une réunion avec la ministre britannique des Affaires étrangères, Liz Truss, à Moscou, il a déclaré que « les menaces et les ultimatums ne mènent à aucun résultat… Beaucoup de nos collègues occidentaux sont passionnés par cette méthode » de négociation.

La Russie a massé des dizaines de milliers de soldats à la frontière ukrainienne, suscitant la crainte que Moscou n’envisage d’envahir l’Ukraine. Bien que le Kremlin ait démenti cette intention, les dirigeants occidentaux sont en pourparlers pour tenter de prévenir un conflit.

Efforts diplomatiques

Jeudi, le chancelier allemand Olaf Schulz prévoit de rencontrer les dirigeants des trois pays baltes afin de se concerter avec eux sur la crise ukrainienne.

Le chancelier allemand recevra, jeudi soir, le président lituanien, Gitanas Nausėda, la première ministre d’Estonie, Kaja Kallas, et le premier ministre de Lettonie, Arturs Krišjānis Kariņš à la Chancellerie de la capitale allemande, Berlin.

Outre le sommet des États baltes à Berlin, la capitale allemande accueille une autre réunion importante liée à la crise ukrainienne, où les deux parties au conflit, la Russie et l’Ukraine, doivent se rencontrer pour la deuxième fois depuis le début de l’avancée des troupes à la frontière ukrainienne.

Les conseillers en politique étrangère des deux chefs d’État rencontreront leurs collègues allemands et français, qui jouent un rôle de médiateur pour résoudre le conflit.

Le Premier ministre britannique Boris Johnson prévoit de mettre en garde le président russe Vladimir Poutine jeudi contre une invasion de l’Ukraine, profitant de sa visite au siège de l’OTAN pour souligner ce qu’il décrit comme la solidarité européenne contre les hostilités russes.

Johnson, cherche à éviter à l’Europe ce qui pourrait être la pire crise de sécurité du continent depuis au moins la guerre froide. « L’engagement de la Grande-Bretagne envers la sécurité de l’Europe reste inébranlable », a déclaré Johnson.

Pendant que Johnson se rendra au siège de l’OTAN puis en Pologne, la secrétaire d’État Liz Truss visitera l’université de Moscou et s’entretiendra avec son homologue russe, Sergueï Lavrov.

La Grande-Bretagne dirige les efforts internationaux pour résoudre la crise, bien que le président français Emmanuel Macron se soit entretenu pendant des heures avec Poutine au Kremlin lundi.

Poutine, qui affirme que les préoccupations de Moscou concernant l’expansion de l’OTAN ont été ignorées pendant trois décennies, exige des garanties de sécurité pour ne pas déployer de missiles près des frontières de son pays et pour mettre fin à l’expansion de l’alliance militaire.

Lors d’un point de presse au Kremlin cette semaine, Poutine a averti Macron que si l’Ukraine rejoignait l’OTAN, une guerre pourrait éclater entre la Russie et l’alliance.