SAWT BEIRUT INTERNATIONAL

| 2 October 2022, Sunday |

La guerre de l’Ukraine a remanié le système des relations internationales

L’invasion russe de l’Ukraine, qui se poursuit pour le septième jour, a eu ses conséquences sur l’ordre mondial tout entier: elle a remanié les documents géopolitiques, mis Moscou dans une position de « paria » international, uni les pays occidentaux face au président Vladimir Poutine et réveillé la menace nucléaire de son sommeil.

Voici une présentation des variables les plus importantes que les responsables et les analystes ont précédemment considérées comme sans précédent depuis l’époque de la guerre froide :

La Russie est un pays « paria »

L’invasion, qui a commencé à l’aube du 24 février, est un tournant majeur.

Il y a de nombreuses raisons à cela, y compris que l’invasion « a renversé les espoirs de l’Europe de l’après-guerre froide d’être libérée d’une énorme guerre », selon Allie Wayne, analyste du groupe de recherche Eurasia.

Plusieurs partis, dirigés par les États-Unis, l’Union européenne, l’OTAN et même le Secrétariat des Nations Unies, ont considéré l’invasion par la Russie de son voisin oriental comme une violation flagrante des principes de l’ordre mondial après la Seconde Guerre mondiale.

La réponse des Occidentaux a été « énorme » et « rapide », à travers un torrent de mesures économiques sans précédent de leur ampleur : des sanctions financières qui n’ont pas fourni Poutine, le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et de riches confidents du Kremlin, la fermeture des aérodromes face aux avions russes, l’exclusion des grandes compétitions sportives.

Fin de la « mort cérébrale » de l’OTAN

Fin 2019, le président Emmanuel Macron a déclaré que l’OTAN était dans un état de « mort cérébrale » sur fond de désaccords entre ses membres et de mauvaise gestion de l’ancien président américain Donald Trump, dont le règne a vu les relations entre les deux côtés de l’océan perturbées.

Début 2021, Joe Biden a succédé à Trump à la Maison Blanche et a cherché à normaliser les relations avec les alliés de l’OTAN.

Biden voulait également que l’alliance fasse partie d’une lutte de pouvoir stratégique avec la Chine, suscitant des réserves de la part des alliés qui considéraient qu’une telle confrontation ne figurait pas parmi les raisons de l’émergence de l’alliance.

L’Alliance a été fondée au début de la guerre froide pour fournir une protection contre Washington doté de capacité nucléaire au vieux continent contre l’Union soviétique.

L’accélération défensive de l’Europe

Le diplomate français Jean Monet considérait que l’Europe était « faite par les crises », et que sa structure politique serait le résultat des solutions à ces crises.

Plus de quatre décennies après la mort de cet homme politique, l’un des « pères fondateurs » de l’Union européenne, la situation actuelle s’avère de plus en plus vraie.

L’invasion russe de l’Ukraine a accéléré la direction des 27 pays du bloc pour renforcer leur puissance de défense et prendre des mesures inhabituelles, en particulier dans l’ère post-Seconde Guerre.

Les pays de l’UE ont alloué un demi-milliard d’euros pour fournir des armes à l’Ukraine, dans le cadre d’une mesure historique de soutien militaire européen pendant un conflit.

La plus grande surprise est venue d’Allemagne, car Olaf Scholz, le chancelier qui a pris ses fonctions il y a quelques mois à peine, a pris des décisions qui constituaient une séparation historique avec la doctrine de Berlin en remettant à Kiev des armes létales pendant la guerre.

L’Allemagne n’a pas été la seule à prendre une mesure nationale aussi historique, car la Suède et la Finlande l’ont rencontrée avec le soutien de Kiev avec des armes.

Scholz a attaché sa décision à des résolutions nationales reflétant l’ampleur du changement imposé par l’invasion russe: Berlin allouera 100 milliards d’euros pour moderniser son système de défense et commencera à investir plus de 2% du PIB par an dans le domaine de la défense, qui a été deux fois son budget militaire par rapport à ses homologues atlantiques, particulièrement critiqué par Washington.

Il n’y a pas de place pour la neutralité

La Suisse, centre financier central mondial et qui accueillait jusqu’à il y a quelques semaines des réunions diplomatiques américano-russes dans le but de désamorcer la crise, a choisi de se joindre aux sanctions économiques à grande échelle de l’Union européenne contre la Russie.

La Suisse n’est pas la seule à s’écarter du principe de neutralité, comme l’ont fait la Finlande et la Suède pour les rapprocher plus que jamais de la demande d’adhésion à l’OTAN.

Alors que Krebs estime que « des pays comme le Japon, la Corée du Sud, l’Australie et Singapour ont formé un front uni contre l’invasion », d’autres, comme l’Inde et les Émirats arabes unis, se sont abstenus de condamner la Russie, malgré les pressions diplomatiques américaines.