SAWT BEIRUT INTERNATIONAL

| 15 August 2022, Monday |

La nouvelle stratégie de l’OTAN : La Russie est une « menace directe » et la Chine est un « défi »

L’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) a approuvé mercredi un nouveau concept stratégique qui décrit la Russie comme la « menace la plus grande et la plus directe pour la sécurité et la stabilité des alliés », reflétant la détérioration spectaculaire des relations de l’alliance avec Moscou au cours de la dernière décennie.

En 2010, lorsque les dirigeants se sont mis d’accord sur le dernier grand document de vision de l’alliance, ils visaient à construire un partenariat à long terme avec leur ancien ennemi de la guerre froide. Dmitri Medvedev, le président russe de l’époque, était présent au sommet de Lisbonne où les deux parties se sont mises d’accord.

La stratégie de 2010 ne mentionnait même pas la Chine, qui était considérée à l’Ouest comme un partenaire commercial amical et une base manufacturière, mais la stratégie actuelle indique qu’elle représente un défi pour « les intérêts, la sécurité et les valeurs de l’OTAN » en tant que puissance économique et militaire qui reste « ambiguë quant à sa stratégie et ses intentions » et ses renforts militaires.

Vous trouverez ci-dessous une liste des nouvelles positions de l’OTAN, telles qu’énoncées dans le nouveau concept stratégique de dix pages, ainsi qu’une explication du rôle que ces concepts jouent pour l’alliance.

Concepts stratégiques de l’OTAN

Le concept stratégique définit les domaines d’intervention de l’Alliance et est mis à jour environ une fois par décennie. Le document, qui a été révélé, fournit des lignes directrices qui se transforment ensuite en actions politiques et militaires.

Le précédent concept stratégique de l’Alliance a été formulé alors que celle-ci menait une bataille dirigée par les États-Unis contre les combattants talibans et qu’elle était chargée d’instaurer la démocratie en Afghanistan. C’était quatre ans avant que la Russie n’annexe la Crimée en 2014, ce qui a conduit au retour de l’OTAN à son origine de défense collective plutôt que de gestion de crise « en dehors de la région » de ses frontières.

Le concept 2022 se fait attendre depuis longtemps. Selon des diplomates et des responsables, l’alliance n’a pas osé forger une nouvelle stratégie lorsque l’ancien président américain Donald Trump, critique de l’alliance qui a menacé de la quitter en 2018, était en fonction.

La Russie

Dans son nouveau document de concept stratégique, l’alliance accuse la Russie de chercher à « établir des sphères d’influence et un contrôle direct par la coercition, le sabotage, l’agression et l’annexion ».

L’OTAN affirme que Moscou utilise des moyens militaires conventionnels, électroniques et hybrides pour atteindre ces objectifs. Le concept stratégique indique que « les renforcements militaires de Moscou, notamment dans les régions de la Baltique, de la mer Noire et de la Méditerranée, ainsi que son intégration militaire avec le Bélarus, (constituent) un défi pour notre sécurité et nos intérêts ».

Le document exprime également des inquiétudes quant à la modernisation des forces nucléaires russes, aux menaces de Moscou d’utiliser des armes nucléaires et au développement de « nouveaux systèmes de lancement destructeurs à double capacité », faisant référence au développement d’armes hypersoniques pouvant transporter des ogives conventionnelles et nucléaires.

La Russie accuse l’OTAN de menacer la sécurité de l’Europe en s’étendant vers l’est depuis le milieu des années 1990.

En réponse aux initiatives de la Russie, l’alliance renforcera considérablement ses moyens de dissuasion et de défense, selon le document, qui souligne que l’alliance ne cherche pas la confrontation avec Moscou, mais plutôt le dialogue.

« Nous restons prêts à maintenir des canaux de communication ouverts avec Moscou pour gérer et atténuer les risques, prévenir l’escalade et accroître la transparence », indique le concept stratégique.

La Chine

La Chine a été présentée pour la première fois dans le nouveau concept stratégique de l’alliance. « Les ambitions déclarées et les politiques coercitives de Pékin remettent en cause nos intérêts, notre sécurité et nos valeurs », indique le document. Le concept accuse la Chine d’utiliser des opérations hybrides, des cyberopérations malveillantes, une rhétorique de confrontation et la désinformation pour cibler les membres de l’OTAN et nuire à sa sécurité.

La Chine nie l’existence de telles méthodes.

Le document aborde également les ambitions économiques de la Chine, notant que Pékin cherche à contrôler des secteurs technologiques et industriels clés, des infrastructures critiques, des matériaux stratégiques et des chaînes d’approvisionnement.

Le concept accuse la Chine d’ « utiliser sa puissance économique pour créer des entités stratégiques subordonnées et renforcer leur influence ».

Il affirme que la Chine « s’efforce de saboter l’ordre international fondé sur des règles dans des domaines tels que l’espace extra-atmosphérique, le cyberespace et le secteur maritime. » Le document se dit également préoccupé par les relations plus étroites entre Moscou et Pékin, qui « renforcent mutuellement leurs tentatives de saper l’ordre international fondé sur des règles. »

L’alliance déclare qu’elle restera ouverte à un dialogue constructif avec la Chine, mais qu’elle renforcera également la sensibilisation et la préparation face aux « tactiques coercitives de Pékin et à ses efforts pour diviser l’alliance. »