SAWT BEIRUT INTERNATIONAL

| 5 December 2022, Monday |

Quels sont les scénarios de Poutine un mois après la guerre d’Ukraine?

La Russie fait face à une série de sanctions internationales menées par des pays occidentaux visant à l’isoler de l’économie mondiale, en réponse à l’opération militaire de 28 jours du président russe Vladimir Poutine contre l’Ukraine.

Vladimir Poutine peut-il gagner la guerre en Ukraine ? Un mois après le début de l’offensive russe, la situation semble sans aucun doute plus difficile qu’il n’aurait pu l’imaginer, mais il est toujours prêt à payer le prix pour atteindre ses objectifs, disent les experts.

Mais Poutine a aussi des portes diplomatiques pour sortir de la situation si nécessaire, mais il doit s’attendre à de sérieux défis s’il choisit d’occuper toute l’Ukraine.

Quels sont les objectifs de la guerre ?

Les objectifs de Poutine de garder l’Ukraine « neutre » et « désarmante » n’ont pas changé, en d’autres termes, l’adhésion de l’ancienne république soviétique à la non-OTAN.

D’autre part, le Kremlin ne parie plus nécessairement sur le renversement du président ukrainien Volodymyr Zelensky, devenu symbole de résistance aux yeux du monde occidental.

« Le plan initial, qui aurait pu impliquer une guerre éclair pour prendre le contrôle de Kiev très rapidement et renverser le gouvernement ukrainien, n’a pas fonctionné », note Marie Domolan, experte au Conseil européen des relations internationales (ECFR).

L’offensive russe fait face à une résistance ukrainienne inattendue qui complique la question pour le Kremlin, qui a utilisé pour obtenir des succès militaires immédiats de l’annexion de la Crimée en 2014 à l’intervention en Syrie aux côtés du président du régime Bachar al-Assad.

Le plan initial, qui aurait pu impliquer une guerre éclair pour prendre le contrôle de Kiev très rapidement et renverser le gouvernement ukrainien, n’a pas fonctionné.

« Poutine parie toujours que la guerre ne durera pas et qu’il finira par s’imposer grâce à sa taille militaire, quelle que soit la résistance qu’il rencontre sur le terrain », explique Frédéric Charilon, professeur de relations internationales à l’Université Clermont Auvergne et auteur de « Guerres d’influence ».

Il ajoute que face aux difficultés rencontrées par l’armée russe sur le terrain et à la série de sanctions imposées à la Russie, Poutine « se dirige de plus en plus vers une guerre de destruction et de punition ».

« La question n’est pas de savoir ce qu’il veut obtenir, mais comment et à quel prix… Cela prendra du temps, et cela causera d’autres tragédies, mais il est convaincu qu’il n’a pas le choix et est chargé de la tâche historique de restaurer l’influence russe.

Si l’armée ukrainienne s’effondre dans l’est du pays, Moscou contrôlera probablement un pays d’environ 40 millions d’habitants, plus grand que la France, et servira de zone tampon pour l’OTAN.

Mais la Russie risque aussi de se retrouver face à une rébellion. Il a déclaré « Il va devoir tenir le coup », dit Frédéric Charillon. Contrôler une zone face à un mouvement rebelle est très difficile », notant que les Américains ont été confrontés au même défi en Irak et en Afghanistan.

Certains craignent également une escalade militaire de la part de la Russie, de l’utilisation d’armes chimiques aux attaques contre les convois occidentaux transportant de l’aide militaire et humanitaire vers l’Ukraine.

Y a-t-il des portes de sortie?

Si la situation faiblit ou reste non résolue, Vladimir Poutine peut également sauver la face en extrayant des concessions politiques de Kiev et en maintenant le contrôle sur certaines zones.

« La base de Poutine est le pouvoir, la pression et la victoire », explique Abbas Galeamov, analyste politique russe indépendant et ancien rédacteur de discours du Kremlin. Il ne peut pas reculer sans obtenir quelques gains… Elle a besoin d’un accord sur la neutralité de l’Ukraine. Mais ce n’est évidemment pas suffisant. Il veut aussi reconnaître (l’annexion) de la Crimée et (l’indépendance) des républiques séparatistes pro-russes de Lougansk et de Donetsk.

Si l’Ukraine n’accepte pas de telles demandes, la Russie sera toujours en mesure de faire des gains dans l’est du pays, avec l’objectif principal d’assurer l’extension géographique entre le Donbass et le port de Marioupol sur la mer d’Azov et la Crimée au sud.

La menace de Poutine ?

Plus la guerre durera, « sans perspective d’une solution rapide », plus les tensions risquent de s’aggraver jusqu’à ce que le « système électrique » du Kremlin s’effondre », indique l’Institut Français des relations internationales (Ifri) dans une note analytique.

Certains des puissants acteurs riches du régime et des chefs des services de sécurité peuvent être enclins à demander à Vladimir Poutine de « l’arrêter » ou même de le renverser, comme certains analystes l’ont promu.