SAWT BEIRUT INTERNATIONAL

| 30 September 2022, Friday |

Qui aura le dernier mot dans la guerre d’Ukraine?

La guerre russe contre l’Ukraine est entrée dans son dix-septième jour, sans parvenir à un véritable accord pour arrêter la guerre, malgré les séries de pourparlers tenues entre Kiev et Moscou.

Les analystes estiment que même si les premiers pourparlers de haut niveau entre la Russie et l’Ukraine en Turquie ont ravivé un espoir éphémère d’une solution négociée entre les deux pays, le conflit sera réglé principalement militairement sur le terrain.

Les ministres russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et ukrainien Dmytro Kuleba, qui se sont rencontrés sous les auspices de leur homologue turc Mevlut Cavusoglu, sont partis jeudi après moins de deux heures de négociations, sans déclarer d’avancées, mais ils se sont engagés à poursuivre le dialogue.

Cavusoglu a déclaré à Antalya (sud-ouest de la Turquie) que personne ne s’attendait à un « miracle », mais que tout « avait besoin d’un début », évoquant l’éventualité d’un sommet entre le président russe Vladimir Poutine et le président ukrainien Volodymyr Zelensky.

Plus de deux semaines après le début de la guerre, et après que:« Moscou n’ait pas réussi à faire des progrès décisifs malgré sa supériorité militaire, ni la Russie ni l’Ukraine ne sont prêtes à faire des compromis », estime Oleg Igtanov, analyste russe à l’International Crisis Group.

Il ajoute que les deux parties considèrent le scénario militaire comme le scénario principal, et puisque l’Ukraine ne perd pas la guerre et que la Russie ne la gagne pas, les combats continueront, étant donné que tout dépendra de ce qui se passera sur le terrain.

De son côté, Natia Seskuria, chercheuse géorgienne au Royal United Services Institute de Londres, souligne que si le débat se poursuit sur la question de l’ouverture de couloirs humanitaires pour évacuer les habitants des villes assiégées, il est difficile d’évoquer une quelconque solution au conflit à tout, ou même un cessez-le-feu.

À ce stade, la Russie tente d’atteindre ses objectifs ultimes en Ukraine, et si elle réussit à forcer les Ukrainiens à accepter ses conditions à la table des négociations, elle obtiendra ce qu’elle veut. Mais si cela n’est pas réalisé, la guerre continuera.

Diplomatie d’alarme

Et l’ancien ambassadeur de France en Syrie, Michel Duclos, estime qu’« il y a beaucoup de fausses croyances sur la diplomatie, mais la diplomatie ne se substitue absolument pas au rapport de force ».

Le diplomate français explique que Moscou négocie un « concept de diplomatie qui exige l’assujettissement de l’autre, et donc c’est une diplomatie d’avertissement », ajoutant que nous sommes à un stade où les Russes rencontrent des difficultés, mais ils adhèrent à l’idée d’avertissement.

Du point de vue de la Russie, dit-il, des pourparlers comme celui d’Antalya sont censés affecter le moral des Ukrainiens et créer une certaine confusion à la fois pour le monde extérieur et pour les Ukrainiens.

La chercheuse Natia Seskuria estime que le Kremlin, dont le ministre des Affaires étrangères est allé jusqu’à affirmer lors de cette réunion que Moscou « n’a pas attaqué l’Ukraine », s’emploie également à convaincre l’opinion publique qu’il n’y a pas d’alternative à la force.

« La Russie cherche aussi une excuse pour pouvoir dire qu’elle a essayé la diplomatie, mais que la diplomatie a échoué, parce que l’Ukraine a rejeté ses demandes (…) justifiant ses futures actions militaires », a-t-elle déclaré.

Cependant, l’analyste Oleg Igtanov estime que des pourparlers de ce genre permettent à chacune des parties d’évaluer les positions de l’autre, notant que l’Ukraine espère pouvoir arrêter l’opération militaire russe par des moyens diplomatiques, tandis que la Russie veut comprendre la position ukrainienne.

Duclos convient que de tels pourparlers ont un « travail de sentiment », affirmant que les Ukrainiens ont besoin de savoir exactement où en sont les Russes.

L’ancien diplomate français souligne qu’il est possible pour Moscou d’établir une forme de négociations assimilable au processus d’Astana pour la Syrie, qui réunit Russie, Iran et Turquie.

Il affirme qu’une telle formule aura aux yeux de Moscou « l’avantage de donner l’impression qu’il y a un processus de paix, en plus d’en exclure les Occidentaux ».