SAWT BEIRUT INTERNATIONAL

| 1 December 2022, Thursday |

Un rapport de l’ONU confirme des crimes contre l’humanité en Libye

Un rapport de l’ONU a conclu qu’il existe des preuves de crimes de guerre en Libye depuis 2016, soulignant qu’ « il y a des raisons de soupçonner que les crimes de guerre et les violences commises dans les prisons en Libye et contre les migrants peuvent s’apparenter à des crimes contre l’humanité. »

Les enquêteurs de l’ONU ont déclaré lundi que toutes les parties au conflit libyen, y compris les mercenaires russes, ont commis des violations qui pourraient inclure des crimes de guerre. Ils ont ajouté qu’ils avaient préparé une liste secrète de suspects.

La Libye est en proie à des troubles depuis près de dix ans. Ces dernières années, elle a été le théâtre de combats entre des factions qui soutiennent les deux gouvernements concurrents du pays et bénéficient du soutien de diverses puissances régionales, de combattants étrangers et de mercenaires. L’Égypte, la Russie et les Émirats arabes unis soutiennent les forces à l’est, tandis que la Turquie soutient le gouvernement à l’ouest.

« Les enquêtes ont indiqué que plusieurs parties au conflit ont violé le droit humanitaire international et pourraient avoir commis des crimes de guerre », a déclaré la mission d’enquête des Nations unies dirigée par Muhammad Ujar.

Et cette mission indépendante a décidé de ne pas publier « une liste d’individus et de groupes (libyens et étrangers) qui pourraient être responsables de ces violations, abus et crimes commis en Libye depuis 2016. »

« Cette liste restera confidentielle jusqu’à ce que le besoin se fasse sentir de la publier ou de la partager » avec d’autres organismes pouvant demander des comptes aux responsables, ont ajouté les experts.

Les mercenaires Wagner au centre de l’attention

Les experts ont indiqué que le système judiciaire libyen enquête également sur la plupart des cas soulevés par la mission internationale indépendante d’établissement des faits en Libye, mais ils ont souligné que « le processus permettant de demander des comptes aux auteurs de violations ou de mauvais traitements se heurte à des difficultés importantes. » Cependant, Reuters a indiqué que le rapport accusait spécifiquement les mercenaires de Wagner, une société de sécurité russe, de tirer sur les prisonniers. « Il y a des raisons de croire que le personnel de Wagner a pu commettre le crime de guerre consistant à tuer », indique le rapport.

Le rapport ajoute que l’équipage de Wagner a laissé derrière lui un ordinateur tablette avec une carte identifiant les emplacements des mines plantées près des bâtiments civils dans les zones laissées par les forces libyennes de l’Est (l’Armée nationale libyenne) lors de leur retrait. Ces mines, dont la plupart ont été fabriquées en Russie, ont tué ou mutilé des civils lors de leur retour chez eux.

Mais Reuters n’a pas été en mesure de contacter immédiatement Wagner, et la société n’a pas répondu auparavant aux questions sur ses activités.

Et le rapport du groupe, dont l’action a été entravée par des contraintes budgétaires, au Conseil des droits de l’homme des Nations unies, s’est appuyé sur des centaines de documents, des images satellite, des entretiens avec plus de 150 personnes et des enquêtes en Libye, en Tunisie et en Italie.

Torture et autres mauvais traitements

Les experts indépendants ont indiqué dans leur rapport que des actes de torture et d’autres abus étaient commis « quotidiennement » dans les prisons libyennes à l’encontre des migrants détenus, ce qui peut constituer des crimes contre l’humanité. Les enquêteurs de l’ONU ont identifié le suspect dans l’un des pires cas d’abus, un meurtre perpétré par un groupe armé dans la ville de Tarhuna, et les victimes ont été enterrées dans une fosse commune. Les enquêteurs ont identifié le suspect comme étant Muhammad al-Kani, un commandant qui, selon eux, a été tué en juillet lors d’un raid des forces de l’est de la Libye (l’Armée nationale libyenne).

De plus, le rapport confirme également que « les raids aériens ont tué des dizaines de familles, et la destruction des infrastructures sanitaires a eu un impact sur l’accès aux soins de santé, et des civils ont été tués et blessés à cause des mines antipersonnel laissées par les mercenaires dans les zones résidentielles. »

Quant aux migrants qui tentent de rejoindre l’Europe en passant par la Libye, ils sont exposés à toutes sortes de violences dans les centres de détention. »

La Libye a plongé dans le chaos depuis la révolution de 2011. Des dizaines de milliers de migrant qui tentent de traverser la Méditerranée , pour la plupart originaires d’Afrique subsaharienne, sont devenus la proie des trafiquants.