SAWT BEIRUT INTERNATIONAL

| 21 May 2022, Saturday |

Bahaa Hariri écrit dans « Capx » : La suppression de l’aide britannique au Liban serait catastrophique

Le cheikh Bahaa Hariri a écrit dans le journal britannique « Capx » : Beaucoup de choses ont été dites ces derniers jours, sur ce qui est bien ou mal en ce qui concerne la réduction des dépenses de l’aide fournie par le ministère britannique des Affaires étrangères. Comme je ne suis pas un citoyen britannique, je n’ai pas le droit de vous faire la leçon, à vous ou à votre gouvernement, sur la façon dont vous choisissez de dépenser votre argent. Tout ce que je peux faire, c’est jeter un peu de lumière sur les effets fatals de cette décision sur mon pays, le Liban.

Tout d’abord, je dois souligner que la situation actuelle au Liban n’est en aucun cas le résultat de la faute du gouvernement britannique ou de sa politique étrangère. Au Liban, nous avons souffert et souffrons toujours d’une institution politique paralysée en raison d’une crise que cette institution particulière a créée en premier lieu. Le Liban n’a pas seulement souffert de Covid-19 comme n’importe quel autre pays, mais a également souffert de son gouvernement, qui a amplifié ce problème.

Au cours de la première vague de la pandémie, l’ampleur de l’inefficacité politique au Liban est apparue, conduisant à la tragédie qui s’est déroulée dans le port de Beyrouth. Dans une chaîne d’événements que j’ai encore du mal à comprendre, une énorme quantité de nitrate d’ammonium a été laissée sans contrôle dans un entrepôt ouvert jusqu’à ce qu’un incendie de cause inconnue provoque son inévitable explosion. Les dommages économiques ont été importants, mais ils sont pâles en comparaison des innombrables pertes humaines causées par ce crime, qui a entraîné la mort déraisonnable de 207 de mes compatriotes. Cette farce était une sorte de préjudice psychologique national causé par une classe politique qui n’est plus intéressée ou capable de servir le peuple libanais.

Il ne devrait pas m’échapper, ni à quiconque qui s’intéresse au Liban, que le contrôle et la maîtrise du port ont été arbitrairement confiés au Hezbollah dans le cadre de l’accord de partage du pouvoir à caractère sectaire qui domine encore aujourd’hui la politique libanaise.

En effet, l’accord secte de partage du pouvoir domine tous les aspects de la vie politique libanaise. En raison de ce régime désuet et injuste, le Liban a été pris en otage par l’organisation terroriste du Hezbollah. Bien qu’ils soient confrontés à la ruine macroéconomique, nos politiciens n’ont jamais réussi à adopter ou à faire adopter quoi que ce soit qui ressemble aux réformes inévitables exigées par le Fonds monétaire international (FMI) et d’autres donateurs internationaux, comme conditions pour fournir au Liban le soutien économique dont il a tant besoin.

Bien que ses politiciens soient toujours plongés dans des disputes, le peuple libanais est confronté à une crise économique sans précédent, avec le plus grand port du pays en faillite, sans parler des milliards nécessaires à la rénovation du centre-ville de Beyrouth, le tout sans compter l’impact de la pandémie de COVID-19. Hier, le gouvernement britannique a pris la décision d’aller de l’avant en réduisant le montant de 4 milliards de livres du budget de l’aide étrangère.

Il a été rapporté qu’une telle réduction réduirait l’aide britannique au Liban de 88%. Et malgré l’intervention d’autres pays, il est peu probable qu’un tel manque à gagner soit compensé ailleurs, surtout si l’on considère les effets économiques de COVID-19 sur nos alliés les plus généreux. Un récent rapport publié par la Banque mondiale sur la crise économique au Liban indique qu’il s’agit de l’une des pires crises de l’ère moderne, et qu’elle est classée parmi les 10 plus grandes crises dans le monde depuis le XIXe siècle. Alors que l’hyperinflation fait grimper les prix des produits de première nécessité, la moitié de la population libanaise vit désormais sous le seuil de pauvreté national, les enquêtes de la Banque mondiale révélant que 41 % des familles ont du mal à se procurer de la nourriture et d’autres produits de base essentiels à la survie.

Il n’y a pas d’emplois pour les travailleurs libanais, pas de carburant dans les stations d’essence et pas de nourriture à manger. Les enfants ont faim alors que l’épidémie continue de menacer la population. Mais ce qui est le plus inquiétant, c’est qu’il n’y a tout simplement pas de fin à cette crise en vue, surtout qu’aucun gouvernement ne met en œuvre des mesures concrètes qui atténueraient les souffrances.

Le peuple libanais ne dispose pas d’une classe politique sur laquelle il peut compter. C’est la principale raison pour laquelle le peuple libanais est tellement dépendant de la générosité de pays comme le Royaume-Uni. Cette aide est une lueur d’espoir pour les hommes et les femmes de mon pays. Bien que je comprenne l’intention de votre gouvernement de concentrer ses ressources sur son peuple, surtout maintenant que vous avez commencé à vous remettre de la pandémie de COVID-19, je lui demande de reconsidérer sa décision.

Des pays comme le Liban dépendent de la générosité de pays comme le Royaume-Uni précisément parce qu’ils n’ont pas la stabilité politique nécessaire pour s’attaquer à leurs propres problèmes, mais nous finirons par y arriver, et nous y arriverons.

Je suis actuellement en train de financer une initiative populaire au Liban dans le seul but de faire pression pour des réformes législatives et constitutionnelles qui mettront enfin un terme à l’emprise sectaire sur la politique libanaise et à la malveillance profondément ancrée au cœur de notre corps politique. Il y a une énorme vague de demande populaire au Liban, mais le temps ne joue pas en notre faveur, et chaque jour où la situation se détériore, des gens comme le Hezbollah se préparent publiquement à profiter de l’effondrement potentiel du Liban.

Il faudra un certain temps pour construire un mouvement capable de mettre en œuvre les réformes dont le Liban a besoin pour se développer à nouveau, mais sans le soutien et la générosité de pays comme le Royaume-Uni, le temps va manquer, et je crains ce que le Liban pourrait devenir si le gouvernement britannique ne revient pas sur sa décision.