SAWT BEIRUT INTERNATIONAL

| 6 July 2022, Wednesday |

Kanso à « Sawt Beirut International »: Si la fluctuation du taux de change se poursuit, nous serons entrés dans une dollarisation complète

Umayma Shams Al Din
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Compte tenu de la hausse et des fluctuations du taux de change du dollar et de l’effondrement sans précédent de la livre libanaise, il est difficile pour tous les secteurs, ainsi que pour les citoyens, de continuer à faire face à des difficultés économiques et financières.

Ni le citoyen ne peut payer en dollars alors qu’il reçoit son salaire en livres libanaises, ni tous les secteurs ne peuvent payer leurs besoins en dollars et recevoir leurs cotisations en livres libanaises.

Face à ce dilemme, il est difficile de trouver une solution qui satisfasse tout le monde.

Si la tendance est à la dollarisation, cette question doit tout englober.

Face à ces défis, comment le secteur commercial fait-il face à la hausse et à la manipulation du taux de change du dollar ?

D’un autre côté, les Libanais auront-ils encore la possibilité d’acheter leurs besoins de base, en particulier les plus élémentaires, à la lumière des discussions sur la dollarisation mondiale dans le pays ?

Dr Fadi Kanso, directeur de la recherche à la Fédération des marchés de capitaux arabes, répond à ces questions dans une interview avec Sawt Beirut International.

Comment le secteur commercial fait-il face à la hausse et à la manipulation du taux de change du dollar ?

 

Il a repondu : « Notre crise au Liban s’articule autour d’une grave crise macro-économique, d’une crise financière, tant bancaire que monétaire, d’une crise des finances publiques et d’une crise du secteur extérieur avec des déficits remarquables de la balance des paiements, sans compter l’inflation excessive au les prix des biens et services, de sorte que le Liban devrait enregistrer les taux de gonflement les plus élevés du monde cette année.

Il est donc évident que toutes ces crises vont peser lourdement sur le secteur commercial en particulier, d’autant plus que la forte volatilité du taux de change met les commerçants et l’ensemble du secteur commercial dans un état de désarroi dans un pays fortement dépendant des importations, d’où dans le chaos dans le processus de tarification.

Il y a une absence significative de tout rôle de surveillance de la part de l’État libanais en général, et donc le facteur de cupidité est ici renforcé par certains commerçants qui se précipitent pour augmenter les prix avec la hausse du taux de change, alors qu’ils ne prennent pas l’initiative de les réduire avec sa baisse ou on assiste parfois à des baisses de prix, mais ils ne suivent pas la baisse du taux de change.

Vous attendez-vous à une stagnation du secteur commercial suite à la détérioration du taux de change de la monnaie nationale ?

 

Kanso a souligné que la fluctuation actuelle du taux de change à la suite des crises accumulées que nous traversons, a eu un impact significatif sur le pouvoir d’achat des citoyens et sur les taux de pauvreté dans le pays.

Selon un rapport préparé par la CESAO en septembre dernier, la pauvreté s’est aggravée au Liban et a atteint 82% de la population totale, notant qu’environ un million et 250 mille familles au Liban vivent dans la pauvreté, dont 70% sont touchées par le secteur alimentaire, tandis que 40% d’entre eux vivent dans l’extrême pauvreté, ce qui signifie que le revenu de ces familles est inférieur à deux dollars par jour.

 

Sommes-nous à la veille d’une dollarisation complète du pays ?

Kanso a souligné que chaque monnaie nationale dans n’importe quel pays a quatre rôles traditionnels :

(1) un outil de commerce, c’est-à-dire effectuer des échanges commerciaux et des opérations d’achat dans la monnaie nationale,

(2) une unité comptable, c’est-à-dire approuver la monnaie nationale à des fins comptables.

(3) une monnaie d’épargne, c’est-à-dire la tendance des déposants et des investisseurs à épargner en monnaie nationale

(4) un instrument de prêt, c’est-à-dire des prêteurs accordant des prêts en monnaie nationale. Dès lors, la livre libanaise a perdu son rôle d’unité de compte car la détérioration du taux de change a fait perdre sa crédibilité à la lecture des états financiers en monnaie locale.

De plus, l’adoption de la dollarisation totale signifie que l’État perd la possibilité d’imprimer sa monnaie nationale et ce que cela implique est la perte d’un symbole fondamental de la souveraineté nationale, et donc la perte de l’influence directe de l’État sur la voie économique interne, notamment au niveau de la politique monétaire et des politiques des marchés des changes.

La Banque centrale perd également sa capacité à être le dernier recours des banques, et par conséquent, elle ne sera pas en mesure de financer ou de fournir des liquidités aux banques en cas de fuite d’argent.