SAWT BEIRUT INTERNATIONAL

| 6 February 2023, Monday |

Le Président de la République, le général Michel Aoun, s’est adressé à la nation à l’occasion de la première commémoration de l’explosion du port de Beyrouth

Le Président de la République, le général Michel Aoun, s’est adressé à la nation à l’occasion de la première commémoration de l’explosion du port de Beyrouth.

Il a déclaré : « A la veille du douloureux anniversaire de l’explosion du port de Beyrouth, je rends hommage à l’âme de chaque martyr tombé dans cette terrible tragédie, je compatis avec chaque blessé, et avec chaque personne qui a perdu un être cher ou un parent, une maison ou une propriété, et je m’incline devant la résilience d’une nation, devant laquelle tous les malheurs se sont rassemblés. Du fond de mon cœur, je dis à notre chère capitale Beyrouth : la vérité éclatera, chaque coupable sera dûment puni et tu te relèveras. »

Le 4 août dernier, nous avons été frappés par un tremblement de terre sans précédent dans l’histoire du Liban.

Le visage de Beyrouth était en flammes, de nombreux cœurs ont été brisés et de nombreuses vies innocentes ont été perdues. Elles n’auraient jamais dû tomber s’il n’y avait pas eu une accumulation de négligences et de responsabilités au fil des ans, à différents niveaux, de responsables qui auraient pu prendre des mesures concrètes pour éliminer le danger des substances qui ont conduit à cette catastrophe.

Je ressens la douleur des parents et des amis qui ont perdu leurs proches dans cette explosion et je fais partie de ceux qui ont perdu un être cher ce jour-là.

Je ressens leur colère légitime, leur profonde amertume et leur douleur qui ne fera que s’exacerber au fil des jours s’ils ne sentent pas, en paroles et en actes, et par des mesures concrètes, que la responsabilité a commencé et que les procès punissent ceux qui ont participé, délibérément ou par négligence, à la cause de l’explosion.

Je le dis donc haut et fort, pour les blessures ouvertes des Libanais, et pour le bien de l’Histoire :

Oui à une enquête impartiale et audacieuse menant à des procès équitables.

Oui à un système judiciaire fort qui ne recule devant aucune personne ayant une autorité, quel que soit son rang, et qui ne craint pas les immunités et les protections, afin de servir la justice et de tenir pour responsables ceux qui ont causé cette explosion.

Le pouvoir judiciaire doit aller jusqu’au bout de l’enquête et des procès. Je suis avec elle et à ses côtés, jusqu’à ce que les faits soient dévoilés et que la justice soit rendue. Quand le chef de l’Etat se met à la disposition de la justice pour faire sa déposition, il n’y a aucune excuse pour que quiconque s’accorde une quelconque immunité ou s’arme d’un quelconque argument, qu’il soit juridique ou politique, pour ne pas fournir à l’enquête toutes les informations nécessaires pour l’aider à atteindre son but.

Comment agir autrement alors que nos martyrs en appellent à notre conscience, et que le monde entier a les yeux rivés sur nous ? Le défi auquel l’enquêteur judiciaire – et plus tard le pouvoir judiciaire – est confronté est de dévoiler la vérité, de mener les procès et de rendre un jugement équitable dans un délai raisonnable, car une justice tardive n’est pas une justice du tout.

Respectueux de la Constitution et de la séparation des pouvoirs, je ne vois aucune raison qui empêche l’enquêteur judiciaire d’interroger toute personne qu’il juge utile à l’enquête, d’autant plus qu’un procès équitable n’accuse pas injustement un innocent et n’acquitte pas un coupable. Il convient donc de laisser l’enquête suivre son cours, sans aucune contrainte d’où qu’elle vienne.

Ma promesse aux parents des martyrs, à la veille de ce douloureux anniversaire, est que le sang qui a coulé en ce jour fatidique ne sera pas gaspillé, et que la vérité arrive, assortie d’une juste rétribution pour chaque personne comme elle le mérite. Que la commémoration de demain soit une étape importante pour se souvenir des martyrs, des blessés et des déplacés, avec sérénité, responsabilité et sagesse, loin de tout acte qui pourrait être détourné pour mettre en danger la sécurité et la stabilité et saper les significations de ce tragique anniversaire.

Mes chers compatriotes libanais, mesdames et messieurs,

Je sais que vous attendez depuis longtemps un nouveau gouvernement. Aujourd’hui, avec la désignation d’un nouveau Premier ministre, nous avons la possibilité de le former. Comme j’aimerais que les décrets de formation soient publiés le plus rapidement possible ! Mais je vous donne ma parole que je m’efforce, en collaboration avec le Premier ministre désigné, conformément aux exigences de la Constitution, de surmonter tous les obstacles qui entravent la formation d’un gouvernement de salut capable, grâce à l’expertise, à la compétence et à l’intégrité de ses membres, de mettre en œuvre le programme de réforme requis et connu.

Mes chers bien-aimés,

Vous pensez tous – et moi aussi – que l’effondrement économique et financier de ces deux dernières années, avec toutes ses répercussions sur les moyens d’existence, la subsistance, le cadre social, la santé et la sécurité psychologiques, menace de l’effondrement de l’État libanais avec toutes ses composantes, ses institutions, son rôle et son existence.

L’explosion du 4 août a aiguisé ce sentiment et ajouté à son amertume et à sa douleur.

Aujourd’hui, je me tiens devant vous en tant que frères et sœurs, enfants, amis et familles, et en tant que personnes de longue date et résistantes, pour vous affirmer qu’une aube nouvelle met fin aux souffrances, et qu’ensemble, grâce à notre coopération et à notre patience, et en mettant les mécanismes de solution sur la bonne voie, en formant un gouvernement prometteur et en préparant des élections parlementaires qui sèment les graines d’un véritable changement, nous sommes capables de surmonter le présent douloureux, et de nous relever progressivement de la crise qui a déchiré notre nation, nos cœurs et nos vies.

Oui, nous sommes capables de nous relever… L’espoir n’a jamais été synonyme d’illusion, lorsqu’il est associé à la conscience, à la diligence, à la solidarité et à la détermination.

Gardons notre unité et ouvrons une nouvelle page qui replace le Liban sur la carte de l’innovation, de la croissance et de la compétition, et qui redonne à nos jeunes l’espoir en leur nation et le désir d’y rester, pour en faire à nouveau le pays de la civilisation, de la joie et de la création.