SAWT BEIRUT INTERNATIONAL

| 7 February 2023, Tuesday |

L’UE propose des scénarios possibles pour les sanctions contre le Liban

Selon un document diplomatique consulté par Reuters, la corruption, le blocage des efforts de formation d’un gouvernement, la mauvaise gestion financière et les violations des droits de l’homme sont susceptibles de constituer les motifs des sanctions que l’Union européenne envisage d’imposer aux législateurs libanais.

Après 11 mois de troubles, qui ont laissé le Liban confronté à l’effondrement de ses finances, à l’hyperinflation, à des pannes d’électricité et à des pénuries d’essence et de nourriture, l’UE, dirigée par la France, tente d’accroître la pression sur les dirigeants libanais qui se disputent le pays.

Le bloc, qui mène depuis un mois des discussions techniques sur les mesures possibles, n’a pas encore décidé de l’approche à adopter, mais le chef de la politique étrangère, Josep Borrell, est attendu au Liban ce week-end et fera un rapport aux ministres des affaires étrangères lundi.

Étant donné que de nombreux hauts responsables politiques libanais possèdent des maisons, des comptes bancaires et des investissements dans l’UE, et que leurs enfants fréquentent les universités de l’Union, le retrait de cet accès pourrait contribuer à focaliser les esprits.

Paris affirme avoir déjà pris des mesures pour restreindre l’entrée sur son territoire de certains responsables libanais qui, selon elle, entravent les efforts déployés pour faire face à la crise, qui trouve son origine dans des décennies de corruption et d’endettement de l’État, mais elle n’a nommé personne publiquement.

L’UE doit d’abord mettre en place un cadre de sanctions qui pourrait se traduire par des restrictions de voyage et des mesures de blocage des ressources, mais elle peut décider de ne désigner personne dans l’immédiat.

La note se concentre sur quatre critères, ainsi que sur les avantages et les inconvénients d’une telle démarche. Il s’agit tout d’abord d’entraver la formation d’un gouvernement, le processus politique ou l’achèvement de la transition politique, puis d’empêcher l’exécution des réformes nécessaires pour faire face à la crise politique, économique et sociale.

La mauvaise gestion financière, qui viserait les personnes, les sociétés ou les organismes soupçonnés de mal gérer les fonds publics et le secteur bancaire, est également un critère essentiel, tout comme les violations des droits de l’homme résultant de la crise économique et sociale.

« On peut affirmer que l’absence de responsabilité politique des dirigeants libanais est au cœur d’une vaste implosion économique », indique le document, en se référant aux normes pertinentes en matière de droits de l’homme.

« Cela a entraîné des difficultés considérables et a eu un impact sur les droits de l’homme de la population au Liban. »

De telles notes diplomatiques sont courantes dans l’élaboration des politiques de l’UE, elles circulent parmi les diplomates et les fonctionnaires de l’UE, bien qu’elles ne soient pas rendues publiques.

La note indique également qu’une « stratégie de sortie » proposant des points de référence pour déterminer si le régime de sanctions a atteint son objectif ainsi que pour renouveler ou lever les désignations individuelles devrait également être mise en place.

On ne sait pas avec quelle rapidité les sanctions pourraient être appliquées, mais les clivages politiques s’aggravant, il est probable que le bloc aille de l’avant avant les vacances d’été.

Les 27 États membres de l’UE ne sont pas d’accord sur la nécessité des sanctions, mais les deux membres les plus puissants du bloc, la France et l’Allemagne, y sont favorables, ce qui devrait être décisif. Un groupe plus large de pays doit encore définir sa stratégie.

La Hongrie s’est prononcée contre les pressions exercées par l’UE sur les hommes politiques libanais.

Selon l’agence Reuters, Paris a décidé de pénaliser le politicien chrétien influent Gebran Bassil, qui est déjà sanctionné par les États-Unis.