SAWT BEIRUT INTERNATIONAL

| 15 August 2022, Monday |

Ministère des affaires étrangères : Le déplacement des Syriens est une cause majeure de la crise économique

Le ministère des Affaires étrangères et des Emigrés a publié la déclaration suivante :

Le ministère des Affaires étrangères et des Emigrés a examiné la déclaration du Haut Représentant pour les Affaires étrangères européennes au nom de l’Union européenne sur la situation au Liban publiée le 30 juillet 2022. Le Ministère remercie l’Union européenne et ses Etats membres pour leur intérêt et leur suivi de la situation au Liban, et il est important de considérer les points suivants :

Le Liban est confronté à une crise économique et sociale sans précédent dans son histoire contemporaine, avec laquelle 80% des Libanais vivent sous le seuil de pauvreté. Les causes de cette grave crise économique peuvent être multiples et entremêlées. Le gouvernement s’efforce de mettre en œuvre les réformes internes nécessaires qui s’ajoutent à la correction structurelle requise, et les engagements internationaux, dont le plus important est la conclusion de l’accord final avec le Fonds monétaire international pour mettre le Liban sur la voie d’une reprise durable. Cependant, nous ne pouvons pas ignorer que l’une des principales raisons de ce dont souffre le Liban est liée aux charges et aux répercussions de la crise syrienne, notamment l’exode massif des Syriens vers le Liban.

La présence importante de Syriens déplacés sur le territoire libanais a constitué une raison majeure de la profonde crise économique, et par conséquent, les groupes économiques les plus vulnérables des Libanais ont commencé à se disputer les services et les ressources alimentaires limitées fournis par les Syriens déplacés et les réfugiés palestiniens, qui ensemble constituaient environ 40% de la population du Liban. Cela a récemment conduit à une augmentation des tensions et des incidents de sécurité parmi tous les groupes économiques les plus vulnérables du Liban.

Onze ans après le début de la crise syrienne, les craintes du Liban se sont accrues, car il lui est apparu clairement l’absence de feuille de route de la communauté des pays donateurs pour le retour des Syriens déplacés dans leur patrie dans la dignité et la sécurité, ou leur expulsion vers un pays tiers, comme certains pays ont récemment commencé à le faire. Continuer à lier le retour à une solution politique en Syrie, à la lumière d’un blocage clair et connu à l’horizon politique, signifie qu’ils resteront au Liban indéfiniment. Par ailleurs, l’évolution rapide de la situation internationale a entraîné des changements radicaux dans les priorités et les intérêts de la communauté internationale, qui se sont éloignés de ce qui se passe en Syrie.

Plus d’une décennie s’est écoulée depuis la présence des déplacés syriens au Liban, et la plupart d’entre eux sont des déplacés économiques qui bénéficient d’une aide internationale directe et sélective sans passer par les autorités officielles libanaises, et des revenus en devises fortes, qu’ils envoient à l’intérieur de la Syrie.

Le Liban n’est plus en mesure de continuer à utiliser les méthodes traditionnelles utilisées pour maintenir les déplacés dans leurs lieux de résidence, au lieu de chercher des moyens de les renvoyer chez eux de manière digne, progressive et sûre.

Et par souci des conditions économiques, sociales et sécuritaires du Liban, nous craignons que personne ne soit à l’abri des répercussions de cette crise, notamment avec l’augmentation du phénomène des bateaux d’immigration clandestine en direction de l’Europe, malgré la fermeté des autorités libanaises pour prévenir ce phénomène.

Nous devons tenir compte de l’intérêt commun libano-européen pour trouver une solution durable au dossier des déplacements syriens permettant de protéger le Liban sur le plan social, économique et sécuritaire et de protéger préventivement les pays européens des conséquences d’une éventuelle détérioration. Le ministère salue les efforts déployés par les pays de l’Union européenne pour atténuer les répercussions humanitaires de la crise syrienne, mais il appelle sincèrement à la coopération, à la consultation et au dialogue pour élaborer un plan permettant le retour progressif des Syriens déplacés « dans leurs pays en toute dignité et sécurité, dans l’intérêt de la stabilité du Liban et des intérêts communs avec l’Europe. »