SAWT BEIRUT INTERNATIONAL

| 28 October 2021, Thursday |

Tension politique interne et mouvement externe désespéré…le Hezbollah s’aguerrit

Mounir Rabih-Al Modon
A A A
Imprimer

La crise et la recherche de sorties ou de règlements ont échappé aux mains des Libanais. Les rencontres des ambassadrices française et américaine au Royaume d’Arabie Saoudite sont les signes les plus marquants de la longévité de la crise, et de la crainte d’un effondrement plus important. La visite n’a pas d’objectif politique précis et ne s’inscrit pas dans le cadre d’un plan d’action clair. Objectivement, elle est une grande preuve de l’incapacité des forces locales et extérieures à trouver une issue à la crise qui s’aggrave au Liban.

Réunions pour les affaires humanitaires

Le contenu des réunions qui ont eu lieu s’est peut-être concentré sur la discussion de l’aide humanitaire pour tous les Libanais ou sur l’armée libanaise. Ceci est en soi un aveu tacite que les prochains jours au Liban seront caractérisés par plus d’obscurité et une accélération de la voie de l’effondrement.

Des informations indiquent que les deux ambassadeurs ont tenu plusieurs réunions en Arabie saoudite : avec Abdullah bin Abdulaziz Al-Rabiah, conseiller à la cour royale et superviseur général du Centre de secours et d’aide humanitaire du roi Salman, et avec le sous-secrétaire saoudien aux affaires politiques et économiques, l’ambassadeur Eid bin Muhammad Al-Thaqafi.

Ces réunions indiquent que les recherches se sont concentrées sur les aspects humanitaires et d’aide, tandis que certaines informations non confirmées ont encore été rapportées sur la possibilité que les deux ambassadrices rencontrent le responsable du dossier libanais, Nizar Al-Alula, qui est un conseiller à la Cour royale. De nombreuses questions ont été soulevées lors des réunions sur la situation générale au Liban, et l’accent saoudien a été mis sur la politique étrangère du Liban et son engagement envers les résolutions internationales et les résolutions de la Ligue arabe, soulignant que la question n’est pas liée aux personnes, ni à la forme du gouvernement, ni au mécanisme de sa formation, mais plutôt à ce qui est produit par ces gouvernements et comment déterminer leurs orientations extérieures.

Quant à la volonté de fournir une aide, les sources saoudiennes confirment que la réponse est claire et qu’elle est liée à la formation d’un gouvernement libanais équilibré qui mettra en œuvre des réformes et mettra fin à la politique des quotas et à la corruption. L’Arabie saoudite et la communauté internationale sont prêtes à fournir l’aide nécessaire.

Gouvernement et armée

Au cours des réunions, des questions ont été soulevées sur l’origine de l’initiative française et la manière dont elle a été renversée, le principe de rotation et l’adhésion du duo chiite au ministère des finances et la question de savoir qui nomme les ministres ont été évoqués à nouveau, en plus d’autres questions liées à la question de savoir si l’on croit sérieusement que les forces politiques libanaises sont prêtes à mettre en œuvre des réformes. L’accent a été mis sur la nécessité de former un mini-gouvernement composé de spécialistes issus de personnalités non impliquées dans la corruption, capables de mettre en œuvre les conditions de la réforme, et ayant la confiance de la communauté internationale.

Les deux ambassadrices ont souligné la nécessité de soutenir l’armée libanaise à la lumière de la crise actuelle, et sur la base que l’armée doit être pleinement soutenue et appuyée, car toute faiblesse ou effondrement qui l’affecte conduit le Hezbollah à profiter de la réalité existante et à contrôler davantage la situation dans le pays.

Dans le sillage de ces rencontres, le ministre saoudien de la Défense, Khalid bin Salman, tenait des réunions au Royaume d’Arabie saoudite pour discuter du déroulement des négociations avec l’Iran, et la discussion a porté sur la situation libanaise, notamment celle du Hezbollah.

Le mécontentement du Hezbollah

Ici, la proposition française ne peut être négligée, avec un langage clairement changeant sur l’Iran et le Hezbollah. Auparavant, Macron soulignait que le Hezbollah était un partenaire essentiel et élu. Actuellement, il y a une escalade dans le dialecte français à son égard.
Cela a coïncidé avec la recommandation française de la commission de la défense et des forces armées sur l’envoi d’une équipe internationale pour aider à affronter ISIS, pour fournir une aide humanitaire ou pour lutter contre le trafic de drogue, des sources libanaises considèrent cette position comme très risquée. C’est ce que le Hezbollah trouve suspect.

Les sources considèrent que toute démarche de ce type conduit à enflammer la situation au Liban. Mais le discours français n’est peut-être pas sérieux et n’aura pas d’horizon pratique. Il s’inscrit dans le contexte de la réaction à l’échec de l’initiative française.
Tous ces faits poussent le Hezbollah à devenir plus strict au Liban, et à refuser toute concession. Au contraire, il risque de faire monter l’intensité de la bataille politique. Il a probablement peur d’une répétition du scénario de l’été et de l’automne 2004. Il faut donc s’attendre à davantage de tensions politiques, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.